Addictif par conception, TikTok enfreint la législation européenne sur les services numériques. Incompatible avec le DSA (Digital Service Act), le réseau chinois sera sanctionné, prévient la Commission Européenne.
Bruxelles pointe ce jour la dépendance aux médias sociaux et en particulier les dégâts provoqués par les notifications et recommandations du réseau social chinois TikTok.
« Cette dépendance a des effets néfastes sur le développement de l’esprit des enfants et des adolescents, » observe Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie. D’où l’instauration progressive d’une majorité numérique dans les états membres de l’UE.

La conception addictive des réseaux sociaux est-elle si différente des incitations à fumer, véhiculées hier encore, par les studios de cinéma et de télévision ? Trois experts interrogés par France Culture cette semaine décrivent une fabrique du doute et de l’ignorance orchestrée par les big tech – écoutez le podcast Lobby – l’IA prend la grosse tech pour en savoir plus.
Souvent proches du pouvoir en place, les géants du numérique chinois et américains étendent leur influence bien au-delà des institutions politiques. TikTok et Snapshat guident à distance les utilisateurs vers la dépression, l’automutilation, voire le suicide. Partager ses émotions en ligne sans le moindre filtre n’est pas sans danger.
Lutter contre la dépendance psychique
A la fois vecteurs et outils de ciblage, les réseaux sociaux poussent des contenus (souvent haineux) pouvant profiter aux annonceurs, sans considération pour la santé mentale des internautes. Amplifiés par de faux profils (les fake friends) ou par un agent conversationnel à l’entraînement opaque, ils influencent les décisions et polarisent l’opinion. L’article 5 de l’AI Act liste pourtant déjà plusieurs interdictions des systèmes d’IA, notamment lorsqu’ils portent un préjudice à des groupes d’utilisateurs.
TikTok peut maintenant exercer son droit de défense, étudier les dossiers d’enquête de la Commission puis répondre aux conclusions préliminaires partagées cette semaine. Si Bruxelles constate toujours un manquement, l’amende infligée pourra atteindre 6% du chiffre d’affaires annuel mondial de TikTok, en ligne avec la nature, la gravité, la récurrence et la durée de l’infraction.

Sanctions et mise en conformité réglementaire sont nécessaires mais insuffisantes. La vérification de l’âge, les chaînes dédiées aux jeunes et le contrôle parental s’avèrent inefficaces.
La formation reste un axe essentiel de lutte contre la dépendance psychique. En particulier, les réseaux sociaux alternatifs décentralisés comme Mastodon devraient être examinés en classe comme en famille, lorsque les impacts toxiques des usages et des excès numériques sont abordés avec les jeunes.
Illustrations générées par Nano Banana (Google Deepmind)

