A nouveau nationalisée, Bull cible l’IA et le quantique

Bull veut revenir en force dans l’intelligence artificielle, les calculs HPC et quantiques. Avec l’Etat comme actionnaire unique, à hauteur de 404 millions d’euros. Une deuxième chance.

Souveraineté, j’écris ton nom. En nationalisant Bull à nouveau, l’Etat français replace ses espoirs de souveraineté numérique dans le fabricant d’Angers, lequel quitte le giron du groupe Atos. Son logo prend la forme d’un arbre pixelisé orange à présent, mais conserve l’héritage de près d’un siècle incluant plus de 1600 brevets et reflétant les soubresauts de l’histoire informatique tricolore.

Bientôt cent ans de calculs

Né en 1931 pour produire les systèmes mecanographiques inspirés des métiers à tisser du lyonnais Jacquard, Bull a connu une première nationalisation en 1982, déjà pour préserver une souveraineté nationale aux serveurs des ministères et de multiples agences publiques.

Un certain Thierry Breton tient la barre de Bull en 1996, alors soumis à une tempête financière. Il recentre le groupe sur les supercalculateurs scientifiques et les services numériques, deux activités encore rentables, avant de rejoindre Thomson (1997-2002), France Telecom (2003-2005), le Ministère des finances (2005-2007), puis Atos (2009-2019). En 2011, Siemens IT est avalée par Atos pour fournir une stature internationale à l’ESN. Même espoir avec Bull en 2014, Xerox IT puis Syntel quatre ans plus tard.

Devenu commissaire européen (décembre 2019 à septembre 2024), Thierry Breton pilote la réglementation européenne des marchés numériques avec le DSA, le DMA et l’AI Act.

Faire face aux hyperscalers

Chez les industriels, il enchaîne les restructurations, convaincu qu’on ne pourra contrer les géants américains et asiatiques sans une logique de consolidation à grande échelle. La croissance externe s’accélère. Elle s’emballe selon les investisseurs qui préfèrent miser un temps sur les marges confortables d’éditeurs fondant leur expansion sur leur R&D et maintenant ce cap à long terme.

Entre temps, Microsoft, AWS et Google multiplient les accords avec les grands éditeurs et séduisent les grands comptes avec un catalogue de services clouds publics bientôt pléthorique et accessible sur cinq continents. Le commerce mondialisé sur Internet fait émerger la concurrence chinoise BATHX (Baidu, Alibaba, Tencent, Huawei et Xiaomi).

Plus récemment, les stratégies cloud hybrides, edge AI, la quête d’indépendance numérique et de cybersécurité conduisent les clients européens à s’affranchir d’hyperscalers surpuissants. Elles ouvrent de nouveaux horizons aux constructeurs locaux de serveurs et de centres de données modulaires, devenus rares.

« L’arrivée de l’État au capital de Bull marque une étape décisive pour notre souveraineté numérique, » confirme Anne Le Hénanff. La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du numérique veut y voir « un signal fort : celui d’un pays qui investit, qui protège ses savoir-faire et qui entend rester souverain dans les technologies qui feront le monde de demain. »

Auteur de l’article : la Rédaction

Journaliste et fondateur de l'agence éditoriale PulsEdit, Olivier Bouzereau coordonne la communauté open source OW2, conçoit des services et contenus en ligne, des conférences et formations pour les professionnels du numérique, des médias et de la santé. Profil LinkedIn.