Amazon, Oracle, Meta et Microsoft font supporter leurs risques financiers à leurs propres ingénieurs. Le phénomène s’amplifie tandis que quatre géants états-uniens prévoient d’investir 725 milliards de dollars dans l’IA en 2026, surexcitant les actionnaires.
Plusieurs centaines de milliers de salariés américains font déjà les frais d’un odieux chantage. Ils sont placés devant un choix cornélien depuis plusieurs mois : accepter un licenciement assorti d’une compensation de un à six mois de salaire selon leur ancienneté, ou travailler plus en gagnant moins. Les dernières coupes massives aident à cerner une stratégie faisant porter aux ingénieurs une grande partie du risque financier actuel, au travers d’une rémunération indexée en partie sur le cours de l’action, ou d’un licenciement rapide et brutal.
Compressions d’effectifs
Au rythme actuel des licenciements, le total de départs du secteur technologique devrait dépasser les 270 000 salariés en 2026, télétravailleurs compris.
Chez Microsoft, on observe des coupes massives depuis 2023, d’abord justifiées par une correction post-Covid, ensuite par des coups de frein successifs sur les consoles de jeux, le metaverse et les casques de réalité augmentée. Les investissements prioritaires de la firme de Seattle concernent désormais les infrastructures cloud pour l’IA et le développement d’agents intelligents.

Jugés moins stratégiques, les autres postes sont supprimés. Le cumul des coupes des big tech de la Silicon Valley donne le vertige – lire notamment cet article récent du Washington Post.
Un cynisme inédit
Rien de bien nouveau à l’ère de l’IA certes, si ce n’est l’ampleur du phénomène. Ces entreprises réduisent leur masse salariale de 7% à 10% au nom de l’efficacité, de l’optimisation de ressources et de l’agilité, trois potions magiques en vogue dans les directions financières. Les DAF compressent les dépenses tous azimuts sauf dans l’IA, espérant de futurs profits indépendants des humains.

d’un billion de dollars entre 2025 et 2026.
Selon les prévisions de Bloomberg, reprises par le quotidien Les Echos, quelques 725 milliards de dollars seront misés sur l’IA par quatre des Gafam (hors Apple) en 2026, soit plus du double en un an.
Ce pari de l’IA n’a pourtant pas encore porté ses fruits, confirme le Washington Post, quotidien du richissime Jeff Bezos depuis 2013. En février dernier, 300 de ses 800 journalistes ont été remerciés, dont tous les correspondants couvrant le Moyen-Orient. Le journal impute néanmoins l’actuel destruction des emplois de la tech et des médias outre-Atlantique non pas aux prouesses de l’IA ni à celles de la Maison Blanche, mais plutôt aux sureffectifs des champions du numérique ainsi qu’aux aléas économiques mondiaux.
Dialogues restreints chez Oracle et Apple
En mars dernier, un groupe de 90 employés d’Oracle a tenté de négocier de meilleures conditions de départ. Mais la direction texane a refusé toute discussion sur la question.
Apple reste, à ce jour, la seule grande firme à ne pas avoir encore misé toute sa cassette sur le marché de l’IA. Ses puces forment déjà des briques de base appréciées d’utilisateurs du grand public et de professionnels d’IA locales, comme en attestent les prix en hausse des Mac d’entrée de gamme. Grâce aux dernières acquisitions (Q.ai pour 2 milliards de dollars puis MotionVFX pour un montant non révélé), son virage vers le modèle SaaS prend de la consistance, présageant des services IA rentables dès leur conception.
Avec NVidia dans le rôle du lièvre, la patiente tortue Apple pourrait bien franchir en tête la ligne d’arrivée.

