Quatre experts du stockage, de la sauvegarde, de l’hébergement et de la gestion de données ont confronté leurs points de vue lors d’une table ronde du forum Cybersécurité-IA au salon Tech Solutions. Souveraineté, résilience et ouverture aux agents IA mettent à l’épreuve les infrastructures réseaux.
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Les projets data-IA et les menaces cyber poussent les infrastructures d’entreprise dans leurs retranchements.
Vincent Franceschini, vice-président produits chez Biomemory, défend le stockage des données très froides dans de l’ADN synthétique, un stockage air gap, c’est à dire totalement isolé de toute connexion à Internet.
« BioMemory permet de garantir l’intégrité des données archivées, de sanctuariser les données froides dans l’ADN synthétisé, garantissant leur intégrité sur le très long terme, sans avoir à gérer plusieurs migrations de supports de stockage, » explique-t-il.
Cette technologie ne remplace pas les services d’archivage d’hyperscalers, mais complète leur résilience. Elle ajoute une preuve d’intégrité aux sauvegardes, et répond aux obligations de conservation durant plusieurs décennies ou même siècles. La bande magnétique reste, quant à elle, dédiée à l’archivage actif.
Bâtir un socle souverain et résilient

Laurent Garcia, vice-président MSP et Telcos chez Rubrik, invite à traiter ensemble le volet juridique (qui peut accéder aux données, que se passe-t-il si un pays coupe des flux) et le volet technologique.
Il encourage des tests de déconnexion complète, car « aucune société au monde n’est immunisée contre une panne ou une attaque cyber. L’essentiel est de pouvoir repartir vite. »
Il note que les banques et assurances dominent les classements de cyber-résilience, grâce à des réglementations plus contraignantes, pas à leurs budgets IT. Il cite le DSI d’un grand acteur logistique pour qui le service prioritaire n’est pas le suivi des colis, mais l’édition du bulletin de paie hebdomadaire du livreur. Pas de paie, plus de livraisons.
Florent Gentric, directeur des innovations de Nubevia, note l’impact de la coupure d’accès au modèle Fable d’Anthropic : « Clairement, il y a eu un électro-choc dans toute la communauté des DSI et décideurs, tandis que les RSSI ont pointé le risque de dépendance technologique. » Il recommande de réserver un socle souverain aux services stratégiques du S.I. sans se priver des grands modèles linguistiques des leaders, mais « en restant toujours maître de son socle de production, y compris pour l’intelligence artificielle ».
Agents IA : accès, usages et responsabilités
Pour Florent Gentric, un agent doit être considéré comme l’extension d’un utilisateur, rattaché à un service ou à une personne réelle, afin de garder une trace et de savoir qui est responsable en cas de problème. Les outils agentiques imposent une journalisation complète, utile pour comprendre un incident comme pour capitaliser sur le savoir-faire métier, à l’aide de skills.
Stéphane Mahmoudi, Sales Manager de Progress Software, souligne un glissement des droits d’accès : « Un agent IA, ça se connecte à un serveur MCP qui, lui-même, a des droits. »
Par conséquence, la plateforme data-IA doit protéger les données en permettant de les gouverner dans leur contexte. Une donnée bien gouvernée pourra réduire la facture de l’IA de façon substantielle, avec dix tokens consommés contre 500 sans gouvernance, illustre-t-il.
Face aux arbitrages budgétaires, Florent Gentric tranche : « quand on ne trouve pas de budget pour l’IA, c’est qu’elle ne rapporte pas assez. »
Laurent Garcia souligne la nécessité de mettre en place des garde-fous internes afin d’éviter toute action irréversible, l’utilisateur restant responsable de ce que fait et transmet son agent IA.
Les intervenants du débat se rejoignent sur une feuille de route : cartographier précisément ses données, traitements et agents, structurer les accès, tracer les usages, tester la faculté de redémarrage et superviser les socles, les outils et les services, qu’ils soient instanciés chez un éditeur SaaS ou managés par un prestataire.

