Comment rester souverain avec l’IA ?

A l’invitation de Nubevia, une soixantaine de décideurs IT ont été réunis vendredi 30 octobre au pôle Alpha de Sophia-Antipolis, pour trouver des pistes de réponse à cette question.

Les témoignages de Propelsia et de Ciffréo Bona, deux entreprises pionnières des Alpes-Maritimes, pointent l’importance de former puis de sonder régulièrement les utilisateurs face aux réponses automatisées des LLM. Rien ne vaut le feedback des métiers pour apprécier la compréhension réelle du langage interne et l’alignement des projets sur les objectifs à atteindre. Parallèlement, on gagne à renforcer l’infrastructure, la gestion des droits d’accès aux données et la traçabilité des usages, dans ce contexte d’expansion et d’exposition des savoir-faire.

Elaborer une plateforme IA, une factory hébergée localement ou à proximité des métiers, aide à déployer des assistants qui améliorent la productivité, restent fiables et sûrs, sans dépendre d’un catalogue étranger de services cloud. Ce socle de confiance, bâti sur un outillage et des modèles IA ouverts exige toutefois de nouvelles compétences et des interactions humaines régulières.

Un bras droit autonome

Katulma Jbara, cofondatrice de Propelsia, illustre comment l’IA devient le bras droit de ses clients : « Souvent, les professionnels de services indépendants sont mal numérisés, faute de temps ou de compétences. Nous leur proposons une nouvelle voie d’inclusion numérique. Assistés par l’intelligence artificielle, ils gagnent un confort au quotidien et améliorent leur productivité. Ils deviennent, à leur tour, IA-natifs. »

Avi Hassoun, responsable des infrastructures chez Ciffreo Bona, précise le rôle croissant de l’IA dans le négoce de matériaux de construction à grande échelle : « Nous accélérons le développement de prototypes d’applications web, pilotées par l’IA. Avec 2 000 salariés, nous n’avons pas la souplesse d’une startup. Cependant, nos commerciaux deviennent plus actifs et proactifs sur notre marché. Ils disposent de toutes les informations nécessaires pour prospecter au mieux, grâce aux services et données regroupés. »

Florent Gentric, directeur des innovations chez Nubevia, suggère une méthode souveraine et économique, fondée sur la qualification des données, et la prise en compte des règles propres à chaque organisation. Son collègue Sébastien Comte, RSSI du prestataire cloud, invite à soigner les outils techniques du harnais IA et encourage de bonnes pratiques : « pour encadrer les agents autonomes, il convient de contrôler leurs accès aux données, comme on le fait pour les utilisateurs humains. »

Innovations locales et circuits courts

Dans le cadre du projet européen AI Factory, David Simplot, Professeur des universités et directeur d’Inria Academy, enjoint les décideurs à se rapprocher de leur cluster IA régional et des partenaires de recherche locaux pour explorer un écosystème IA ouvert et souverain. De telles initiatives ouvrent la voie aux plateformes innovantes et respectueuses des données confidentielles, dans le secteur de la santé notamment. Dans ce secteur, Christophe Clément-Cottuz note encore de nombreux systèmes superposés formant des silos, qui gagneraient à être décentralisés et à agir au niveau régional.

Pour sa part, le consultant Yves Eychenne note que l’IA accélère le développement de services dans le domaine de l’énergie également. Malgré l’usage croissant d’agents autonomes au service du cybercrime, il reste optimiste sur les capacités des modèles et des agents à résoudre des problèmes économiques et physiques, en conjonction parfois avec des jumeaux numériques.

L’axe cybersécurité émerge comme un pilier essentiel. L’infrastructure dédiée à l’IA doit intégrer des procédures de journalisation, de contrôle et même d’effacement de mémoires conformes aux contraintes légales et réglementaires. Prendre en compte ces éléments dès la conception des applications évitera l’apparition de vulnérabilités tout le long de la chaîne de services déployés.

En conclusion, la table ronde du 30 octobre au pôle Alpha a mis en évidence trois axes majeurs : la construction d’une fabrique IA souveraine, le partage concret de bonnes pratiques entre acteurs de l’écosystème et l’ancrage de la cybersécurité dans l’innovation. Ces échanges confirment que la communauté locale est prête à passer de la théorie à la mise en œuvre concrète, grâce à une volonté commune de maîtriser ces technologies tout en préservant la souveraineté des données. Au sein de chaque organisation, l’adoption responsable de l’intelligence artificielle passe par une collaboration étendue et régulière entre les équipes cyber, data-IA et infrastructures jusqu’aux utilisateurs concernés.

Auteur de l’article : la Rédaction

Journaliste et fondateur de l'agence éditoriale PulsEdit, Olivier Bouzereau pilote la rédaction de DCloudNews. Il coordonne la communauté open source OW2, conçoit des services et contenus en ligne, des conférences et formations pour les professionnels du numérique, des médias et de la santé. Profil LinkedIn.