L’intelligence artificielle bouleverse nos façons d’enseigner, d’apprendre et de créer. Comment en faire un outil éclairé et humain, plutôt qu’une arme de censure, d’influence ou de surveillance de masse ?
Ce fil conducteur a réuni, le 9 avril dernier à Paris Expo, quatre experts du développement et de la formation, invités à réfléchir à la meilleure façon de former à l’IA sans la subir.
Entre innovation et responsabilité
Pour Loubna Imrani Sallak, responsable Data, IA et partenariats scientifiques à Cap Digital, la démocratisation de l’IA représente autant une opportunité qu’un risque.
« Beaucoup d’utilisateurs croient comprendre parce qu’ils manipulent les bons outils, mais sans recul, cette illusion de compétences peut devenir dangereuse, » alerte-t-elle. D’où la nécessité d’une feuille de route claire et d’une stratégie d’acculturation commune aux métiers de l’entreprise, pour que la formation à l’IA s’ancre dans un cadre éthique, inclusif et partagé.
Des formateurs garants du sens
Même constat du côté d’Alaédine Bensikali, directeur des opérations chez Hiracle, où la formation côtoie le développement de logiciels : « L’IA peut être un formidable assistant, mais le formateur doit rester le gardien du sens et de la véracité des savoirs transmis. » Dans un secteur où l’automatisation gagne du terrain, il plaide pour un usage raisonné, centré sur la pédagogie humaine plutôt que sur la performance technologique.

Philosophie de l’apprentissage
Pour le philosophe Jérôme Lucereau, fondateur de Galances Conseil et Formation, et initiateur de La Fresque de l’IA, un autre danger menace : « On confond parfois performance et apprentissage. Le fait qu’un outil produise un bon résultat ne garantit pas que l’utilisateur ait compris ce qu’il fait. » Selon lui, l’IA ne doit pas aplanir la relation entre l’enseignant et l’apprenant ni diluer la réflexion critique. L’enjeu est de maintenir une interaction incarnée, où le savoir reste une expérience humaine et intellectuelle, plutôt qu’une simple reformulation de corpus.
Adhérer aux exigences du terrain
Enfin, Léo Cohen, cofondateur de Certif-IA, défend une approche pragmatique et inclusive. « Nous formons les professionnels à intégrer l’IA dans leurs métiers, pas à devenir data scientists. L’objectif, c’est un usage sécurisé, concret, adapté aux réalités de terrain. » Son organisation, implantée à Paris et dans les territoires ultramarins, illustre la volonté d’ancrer l’apprentissage dans les besoins réels des entreprises.
Sciences humaines au service de l’IA
Au fil des échanges, une conviction commune s’impose : l’intelligence artificielle ne doit jamais remplacer l’humain, mais plutôt renforcer sa capacité à comprendre, à analyser et à interagir. Former à l’IA, concluent les intervenants, ce n’est pas seulement enseigner des outils : c’est cultiver une intelligence collective, lucide et responsable.


