AWS et Azure désignés gatekeepers

La Commission européenne vient d’informer Amazon et Microsoft de son avis préliminaire les désignant comme gatekeepers, c’est à dire « contrôleurs d’accès » en vertu du règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act).

Les deux géants du cloud occupent une position dominante sur le marché de l’UE depuis de nombreuses années, y génère un chiffre d’affaires conséquent, avec des capacités opérationnelles et des investissements dépassant largement ceux de leurs concurrents.

Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie rappelle :

Les services cloud sont devenus une pierre angulaire de l’économie européenne et une condition préalable à l’IA. Plus de la moitié des entreprises de l’UE y font désormais appel, en combinaison avec des investissements record dans les infrastructures cloud publiques. Compte tenu de leur rôle central dans l’avenir numérique de l’Europe, ces services doivent opérer sur des marchés équitables, ouverts et concurrentiels qui favorisent la confiance et garantissent la souveraineté technologique de l’Europe.

Rétablir l’équilibre

Plusieurs cabinets d’études prévoient néanmoins une redistribution des parts de marché d’ici à 2030, en lien justement avec la conformité réglementaire et la recherche de souveraineté. Les gouvernements imposant un contrôle local des données et ressources informatiques, les hyperscalers sont déjà contraints à s’associer à des entités régionales ou à concéder des licences technologiques.

« Les hyperscalers deviennent des fournisseurs de services publics, l’équivalent informatique de compagnies d’électricité, fournissant de la capacité à un éventail diversifié de revendeurs et de spécialistes, » précise l’étude La fin du cloud tel que nous le connaissons, publiée en janvier 2026 par Klecha & Co.

L’analyse prévoit que les clouds régionaux et souverains doubleront leurs parts de marché entre 2024 et 2030 passant de 6% à 12%, au détriment des hyperscalers qui passeraient de 77% à 64%.

Dépendances accrues avec l’IA

Tandis que l’IA augmente la demande de services cloud, AWS et Azure maintiennent une grande partie des demandes au sein de leur écosystème respectif. Ils forment, là encore, un point d’accès majeur entre les entreprises et leurs clients européens, disposent de vastes bases de clients, bénéficient d’effets de verrouillage et de coûts de transfert élevés, en plus d’un vaste écosystème.

L’IA fait partie du parcours d’achat et influence de plus en plus la découverte de produits en ligne. Déjà plus d’un consommateur occidental sur trois (38% selon une étude Datadome publiée en février 2026) l’utiliserait pour rechercher ou comparer un bien ou un service.

Le 18 novembre 2025, la Commission a ouvert trois enquêtes afin de déterminer si Amazon et Microsoft devaient être désignées comme gatekeeper pour leurs services cloud et si les obligations actuelles du DMA sont assez efficaces. Rappelons que le règlement vise à garantir des marchés contestables et équitables dans le secteur numérique ; il recense les grandes plateformes ou contrôleurs d’accès, définit les responsabilités et interdit certaines pratiques déloyales.

Au cours de ces trois enquêtes, la Commission a recueilli des informations auprès d’entreprises utilisatrices et de concurrents. Les éléments évalués incluent la taille du prestataire, le nombre d’utilisateurs, les effets de réseau sur le marché, les effets d’échelle et de gamme, la captivité et les coûts de changement, ainsi que la structure d’entreprise conglomérale ou l’intégration verticale de l’entreprise.

Contestations juridiques en vue

Les conclusions préliminaires ne préjugent pas de l’issue de ces enquêtes. Amazon et Microsoft peuvent exercer leurs droits de défense, examiner les documents de la Commission et répondre par écrit à ces constatations.

Si ses conclusions préliminaires sont confirmées, la Commission adoptera des décisions désignant Amazon et Microsoft comme contrôleurs d’accès pour leurs services cloud. Dans ce cas, les deux géants disposeraient d’un délai de six mois pour mettre leurs services en totale conformité avec les obligations du règlement sur les marchés numériques.

Gageons que Google, Meta, Oracle et quelques autres géants mondiaux seront attentifs au bras de fer entre Microsoft, Amazon et la Commission.

Auteur de l’article : la Rédaction

Journaliste et fondateur de l'agence éditoriale PulsEdit, Olivier Bouzereau coordonne la communauté open source OW2, conçoit des services et contenus en ligne, des conférences et formations pour les professionnels du numérique, des médias et de la santé. Profil LinkedIn.